Panser l’exception

Le samedi 7 avril 2018, entre 8h30 et 8h52, ma voiture a d’elle-même décidé de reculer pour s’emplafonner l’arrière sur un poteau de bois. Hayon enfoncé, hublot explosé en une myriade de morceaux de verre, parechoc marqué, logo Renault en 3D disparu. Vous allez bien sûr vous demander comment une telle chose est possible. Un frein à main qui n’a pas été serré peut-être ? Que nenni ! La voiture a reculé sans bouger de place !
Dans la réalité, lorsque je suis revenu de faire mes courses, j’ai trouvé la voiture défoncée. Choc, bien évidemment… D’autant que ce matin-là, je n’aurais pas dû aller faire des courses. D’autant que j’avais à plusieurs reprises envisagé de repartir ou de changer de place sur le parking pour ne pas rester à proximité de la zone de travaux. D’autant que j’avais effectivement déplacé la voiture de quelques mètres pour me mettre à une place que je n’occupe pas d’habitude, simplement par crainte du vent fort qui soufflait ce jour-là. J’ai pris des photos pour l’assurance montrant mon emplacement, les destructions, le verre répandu partout autour du véhicule et les résidus de bois qui s’y trouvaient. J’ai surtout – et ce fut mon erreur immense – essayé de comprendre ce qui était arrivé. J’ai d’abord cru en voyant la vitre explosée et des morceaux de bois à l’intérieur qu’une branche portée par le vent violent était la cause de cette destruction… Mais, dans un second temps, j’ai vu le logo disparu (et bel et bien puisqu’il n’était nulle part) et la tôle enfoncée. L’historien en moi a mis en relation tous ces faits, les a rapprochés de la lecture d’une info sur des défonceurs de voiture qui volaient les logos des marques et en a conclu qu’il s’agissait de vandalisme. C’est donc ce que j’ai déclaré à mon assurance (que je ne nommerai pas mais qu’on peut identifier si on sait que je suis fonctionnaire).

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La grande panne (Acte I – scène 1)

ACTE I – SCENE 1
(Adèle Pressac – Ludivine Bouillon – Esther Morthergansturm)

L’action se passe dans le salon d’un grand appartement du centre de Paris. On y trouve une table et un bureau. Il y a trois issues : côté cour, vers l’entrée de l’appartement et vers la cuisine ; côté jardin vers la chambre du propriétaire.
Lorsque le rideau se lève, Ludivine Bouillon est appuyée sur le bureau et tapote nerveuse dessus avec un stylo. Adèle Pressac, la gouvernante, introduit depuis l’entrée Esther Mortherganstrum avant de ressortir vers sa cuisine.

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11 questions

Lynda Guillemaud m’a défié à travers un questionnaire en 11 questions sur l’activité d’auteur :

Qu’est-ce qui te plait le plus dans l’écriture ?

– Je ne saurais pas dire. C’est consubstantiel à ce que je suis. C’est un besoin d’extérioriser un certain nombre de choses pour les offrir à d’autres. Se dire qu’on va apporter à autrui des moments peut-être uniques et qui lui feront du bien. Ecrire c’est le début d’un partage.

Raconte-nous ton meilleur souvenir avec un lecteur.

– C’est récent. Echanger avec une lectrice dans un joli petit parc près de Rennes. Parce que, finalement, des retours sur ce que j’écris, les yeux dans les yeux, face à face, je n’en ai pas eu beaucoup.

Quelle est ta plus grande peur ou inquiétude (par rapport à tes livres ou plus généralement) ?

– Perdre ma facilité à faire des phrases. Ne plus entendre leur « musique »…

Comment trouves-tu l’inspiration pour tes histoires ?

– Les idées viennent sans que j’y pense. Je ne sais donc pas d’où cela vient.

As-tu un rituel d’écriture ?

– Aucun.

Quel est ton plus grand rêve ?

– Exploiter toutes les idées d’histoire que j’ai d’avance. Cela ne se fera jamais malheureusement.

Quel est ton « mantra », la phrase qui te porte quand tu as un coup de mou ?

– Il est nouveau. « C’est pas grave »… Mais cela n’a pas grand chose à voir avec l’écriture.

Quel (ou qui) est ton plus fidèle allié dans l’écriture ?

– La musique. Celles des mots et celle que j’écoute (enfin, cela dépend des périodes ; à certains moments, je préfère écrire dans le silence).

Ton endroit préféré pour écrire ou lire ?

– Quand j’étais petit, j’écrivais dans le garage de la maison de mes grands-parents dans le Loiret. Le matin de bonne heure, l’après-midi à l’heure de la sieste. Maintenant, il me suffit de retrouver mon bureau (le meuble, pas la pièce)… Mais à la limite, le plus important c’est qu’il y ait un ordinateur.

Avec quel héros de livre aimerais-tu passer une journée ?

– Toute une journée ? J’aurais peur de l’ennuyer. Il doit avoir autre chose à faire…

Et avec quel écrivain ?

– Jean-Baptiste Del Amo. Il a été mon élève, a fait du théâtre avec moi… et il jouait mon propre rôle. J’aimerais savoir si c’est ça qui l’a traumatisé au point d’écrire ce qu’il écrit.

Ce qui ne se voit pas…

Une très vieille légende urbaine raconte que depuis l’espace, on ne voit qu’une seule construction humaine. La Grande muraille de Chine. Las ! Ce n’est même pas vrai. Quelle déception ! Et dire que j’ai raconté ça pendant un moment, l’ayant lu dans un ouvrage que je jugeais suffisamment fiable pour le répéter à mon tour. Alors, oui, de l’espace on ne voit pas la Grande muraille pourtant étendue sur des centaines de kilomètres. Mais a-t-on besoin d’aller se perdre au-delà des couches de l’atmosphère pour se rendre compte qu’on ne voit rien de ce qu’on a pourtant proche de nous, sous notre nez… ou plutôt, c’est mieux biologiquement parlant, sous nos yeux.  Continuer la lecture de Ce qui ne se voit pas…

Feu de quand

C’était un feu doux autour duquel venaient se rassembler les âmes en fuite. Un feu vif et brillant comme un phare dressé dans la nuit noire. On venait de loin pour s’y blottir, pour y partager ses joies et ses peines, pour discuter de tout et de rien, pour semer dans un vent accueillant les mots qu’on avait besoin de dire.
C’était un feu doux mais il s’est fait incendie pour ravager les cœurs et piétiner les êtres, les séparer en dressant des parois de silence. Les murs de flammes montent plus haut que les mots. La chaleur agresse, suffoque, fait fuir. Et, malgré quelques appels encore jetés au hasard à travers le brasier, chacun est reparti dans son coin, pour vivre ou survivre sa vie.
C’était un feu doux mais que reste-t-il à l’aube ? Des souvenirs calcinés, des silences lugubres. Ceux qui reviennent ne le font qu’à pas prudents, échaudés par le drame. Ils évitent les regards, ils s’enferment dans une tour d’ivoire, seulement concentrés sur eux, sur eux et leurs propres démons.
C’était un feu doux mais je sens qu’il s’éteint.